Fermés pour l’été

C’est le cœur plein d’amour et le foie encore brumeux que nous vous remercions pour cette fin de saison enthousiasmante! Ce 25 juin, un alignement d’auteurs dont la quantité (14) n’avait d’égal que la qualité (★★★★★) a clos la ronde printanière du cabaret 2017.

Nous tenons à remercier la Taverne Jarry pour son accueil et ses bières abordables. La Taverne a changé de propriétaire la semaine dernière et nous ferons tout notre possible pour lui être sympathiques afin qu’elle nous héberge jusqu’à la fin des temps! Saviez-vous que sans nous, la Taverne ne serait même pas ouverte le dimanche? Un gros bec au passage à notre auteur-barman préféré, Serge Yvan! Nous savons que nous pouvons compter sur nos spectateurs et sur nos auteurs assoiffés pour faire tourner le bar et assurer notre avenir. Oui, ceci est une incitation à boire.

Merci à notre public, ouvert d’esprit, complice et de plus en plus nombreux.

Merci à nos auteurs, qui prennent chaque semaine le risque de se livrer à vous dans le seul enrobage de leurs mots, et sans autre rémunération que vos applaudissements.

Et merci à la petite équipe qui organise et anime cet improbable évènement. À Stéphane qui «donne de sa personne» dans une animation toujours rafraîchissante. À Geneviève, qui nous instruit avec passion, alors qu’elle est encore moins payée que quand elle enseigne. À notre recrue de la saison, la lumineuse Marie-Ève, dont la présence, le sourire, la musique et les textes nous catapultent d’une émotion à l’autre. Et au quatrième mousquetaire, Olivier, qui s’occupe des affiches et des réseaux sociaux, et qui doit donc s’autocongratuler publiquement. C’est fait.

Repassez vos tuques : une saison automnale est confirmée! Entre temps, profitez de l’été et lisez sans modération!

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FLORILÈGE DE NOTABLES SOLITUDES

Sur le thème «seul(e)», par Divan Viril

seul, comme le premier poisson
sorti de l’eau
pour essayer ses jambes

seul, comme le jeune fan d’Harry Potter
arrivant déguisé au cinéma
après son traitement de chimio
le lendemain de la dernière projection

seule, comme cette aventurière du Kansas,
traversant l’Atlantique
au‐dessus des bateaux
dans l’entre‐deux‐guerres

seule, depuis que son père voit à travers elle
depuis qu’il refuse de dire son nom
depuis
qu’il met son chapeau au frigo

seul, comme le roi glissant
sur l’échiquier dénudé
tentant d’éviter avec désespoir
le mat en 4 coups

seule, comme la schtroumpfette
devant fournir pour tous les habitants du village
sauf peut‐être le coquet et le costaud

seul, comme ce cardiologue meurtrier de Lachute
après son grand nettoyage intérieur

seul, comme un ex‐Beach Boy au fond de son lit

seul, mais anxieux
comme l’adolescent découvrant un site web de furries
son coeur battant fort
pas autant à cause de son ondulation masturbatoire
que dans la crainte d’entendre le son
de sa mère qui lui descend son lavage

seul, comme le médecin
découvrant la contagion
au 16e siècle
et devant tourner la syphilis en poème
pour se faire entendre,
mais non croire

seule, comme la mère pleurant
sur son ventre maintenant vide
de l’enfant perdu
encore,

seul, comme le maniaque pédophile
revenant du bois
alors qu’il a quand même un peu peur
du noir

seul, comme cet enfant unique
étudiant à l’étranger
ayant perdu ses parents
en leur annonçant sa bisexualité

seul, comme le magicien d’Oz
prisonnier
donnant toujours le même show
sans jamais de rappel

seul, comme le dernier dodo
appelant sa compagne
dévorée par un chien

seule, comme le nombre positif de fois
qu’il lui a dit qu’il aimait ses petits seins
avant de disparaître à la vue du test de grossesse,
positif lui aussi

seul, comme Michael Collins
dans son module de commande
pendant que les deux autres ploucs
jouent à la tag lunaire

seule, dans cette cabine
à se regarder
dans le miroir déformant
sous le spendex criard
masquant tout ce que les autres voudraient voir
(révélant tout ce qu’elle voudrait pourtant cacher)
ce ventre, ces cuisses,
ce vide, cette honte.
Elle retient son souffle,
avant d’affronter les faux compliments
de la vendeuse,
l’apathie avec un « name tag » :
sa seule alliée

seul, comme le sauteur
tête première
voyant arriver plus bas la foule
rendue floue par la vitesse
pendant qu’il perd un ski

seul, comme le ténia,
au plus profond de l’adolescent dodu
s’extasiant de ses progrès sur la balance,

seul, comme le pogo le plus dégelé de la boîte

seul, comme le matador
lorsqu’il a la mauvaise idée de banderiller lui‐même
avec une poussière dans l’oeil
le bovidé écumant
fonçant vers lui
dans une charge pesante

seul, comme le domino dans la main de l’enfant
lorsque son éternuement fait tomber
tous les autres
posés debout
en cinq heures

solitude du coucou
pondant dans le nid
laissé là par quelque
future nourrice

seul, comme le parachutiste posé sain et sauf au milieu du champ de mines

seul, comme Ted Kaczynski
au fond de sa cabane
préparant son retour à l’université

seule, comme la rose d’un monarque critique d’art
courant l’univers
à la recherche d’un renard
et de dessins de mouton

seul, comme une balle soviet dans un jeu de roulette

jamais aussi seul
que dans la seconde suivant un :
« c’est pas toi… c’est moi ! »

seul comme le doigt relevé du motard
désignant le ciel
à l’agent courroucé
lui demandant ses papiers

seul, comme le fossoyeur
passant sa journée devant une bière,
mais jamais attablé

seul, comme le CD d’Annie Brocoli,
derrière le divan du salon,
par la mère épuisée,
intentionnellement caché

seul, comme le lecteur veuf
au coin du feu de décembre
quelques secondes avant d’entendre le corbeau

laissé seul comme le premier homme à avoir regardé une huître avec délectation

seul, comme le jeune Nicolas de Sainte‐Émélie‐de‐l’Énergie,
champion de cache‐cache parmi ses cousins,
qui suit les pylônes depuis deux semaines
pour rentrer chez lui

#foreveralone Divan Viril, 30 prairial 225

 

CE QU’IL Y A DE SPÉCIAL AVEC JURASSIC PARK

Fiction, sur le thème «soudaineté», par Z0D

Je prends une brosse à dents pour enfant pour me laver entre les orteils. Y a rien de fétiche dans ce que je viens de dire. Ni envers les pieds, ni envers les enfants, donc, en suivant cette logique, rien non plus envers les pieds d’enfant. J’ai dû expliquer ça à quelques demoiselles dans ma vie, mais cette fois-ci c’est un peu spécial. Tu dois t’en douter.

Je me suis dit que tu comprendrais si jamais j’avais à réutiliser cette phrase. Comme un film d’espion où deux personnes, dans un café Parisien et qui auraient l’air moins louche si ce n’était pas jouer comme dans un film d’espions, s’échangeraient leurs valises après que chacun ait dit sa phrase codée.

« La saison du citron sera pénible cette année. »

« Je prends une brosse à dents pour enfant pour me laver entre les orteils »

Zoooup! Accordéon et on continue.

C’est parce que les brosses à dents pour enfant ont le fil plus doux. Une brosse à dents pour prothèse couvre plus de surface, mais tu pourrais aussi t’en servir sur ton bol une fois que t’as fini ta soupe à l’oignon gratinée. Pis une brosse à dents électrique, proche de l’eau courante, dans le bain? Des plans pour que Denis Lévesque trouve ça dommage de pas pouvoir m’interviewer après avoir essayé. C’est sûr, il m’aurait probablement manqué une maladie mentale et une perversion sexuelle quelconque pour avoir l’honneur de me ramasser dans sa pile de cas intéressants, mais passons. Tu sais déjà tout ça.

Non, y a pu grand surprise entre nous deux. Tu sais que ça me dérange pas de payer pour aller à la Ronde pour UNE montagne russe pis après je suis correct pour un an. Tu sais aussi que j’aime le gâteau fromage à la crème avec du coulis de fraises, mais que du fromage à la crème ou des fraises tout seul, meh. Au Cora, t’avais essayé avec un bagel, du Philadelphia et de la confiture aux fraises pis je t’avais dit de laisser ça aux professionnels. T’avais fait une scène en parlant juste assez fort pour que ça quitte la bulle de notre table, mais juste assez pas fort pour que les clients et le personnel restent dans la zone inconfortable de se dire: « Est-ce que je me plains? Est-ce que j’interviens? » Tu m’avais fait une fausse scène, live dans un restaurant déjeuner pour me faire rire. Ce don qui est le tien d’être précisément dans cette zone-là, 2-3 fois par année, pour mon bon plaisir.

Ma petite comédienne. On avait fait l’amour avant d’aller manger et on l’a refait après.

Plus trop de surprise chez toi non plus. Fallait que je quitte la pièce, préférablement la maison, à chaque fois que ta sœur appelait. Tu irais voir n’importe quel film avec Jeff Goldblum dedans. Combien de fois je t’ai entendu dire: « C’est même pas mon acteur préféré, mais y s’est passé de quoi dans Jurassic Park! » Et même quand t’es partie, y a fallu que ça soit sans surprise. Une année entière à te battre contre un cancer.

Une année à se préparer à ce que tu partes, en faisant bien attention que ça devienne pas trop lourd. Tu te serais isolée, la situation aurait empiré plus rapidement et tu ne m’aurais jamais vu essayer des robes de bal sur St-Hubert où j’ai tenté, avec moins de talent que toi, de faire une fausse scène pour te faire rire aussi.

Je ne suis pas Christian Bégin. Je ne suis pas comédien.

Sans surprise, j’ai fini par rencontrer quelqu’un. Bon, je dis « fini » mais on sait jamais. Je veux dire…  C’est bien cette fois. C’est pas un rebond, ni pour elle, ni pour moi et tous les deux on s’entend sur le fait de dire qu’on a un « passé réglé » veut pas dire qu’on a toute crissé au vidange.  Donc oui, voilà, je pensais que tu allais comprendre quand je dis que je lui ai présenté ma brosse à dents.

Merci pour ta lettre. C’est un peu la dernière chose qui reste de nous que j’ai encore. Les amis qu’on avait en commun étaient plus des amis à toi à la base. On se voit encore des fois, mais, on se croise disons. J’ai aussi compris pourquoi il fallait que je prenne mes distances quand tu parlais avec ta sœur. Excuse my french but: What a criss de folle! Sinon, oui, ta lettre, ça va mieux aujourd’hui. C’est rendu que je ne la lis qu’une fois par année. Ça a passé de « tout le temps » à « chaque date importante » ton anniversaire, notre anniversaire, l’anniversaire de la journée où tu es partie et ça a donné une ou deux St-Patrick plutôt moches. Tu sais à quel point j’aime célébrer mon 1/8 d’irlandais. Je me suis arrêté au 9 juin. La journée de la sortie de Jurassic Park. C’est la journée que j’ai donnée à ta lettre. C’est pas ma journée préféré, mais y s’est passé de quoi. Pour reprendre gentiment tes paroles.

Y a une chose qui reste par contre. J’allais dire que j’ai joué le jeu dans ta dernière année, mais j’ai pas joué, j’étais là. Ce que je veux dire, c’est que je me suis contenu jusqu’à la fin. Je suis resté solide à tes funérailles, mais ta lettre… y a quelque chose dans ta lettre qui me pogne à chaque fois. Je sais que ça s’en vient, mais, rien à faire, je pogne à chaque fois.

Le post-scriptum.

T’as mis une flèche courbée en dessous de « Je t’aime » comme tu faisais quand la liste d’épicerie dépassait et que la suite était à l’endos et…

« P.S.: Si tu veux qu’un jour une fille décide de prendre plus qu’un tiroir, cache ta brosse à dents de pied. Trou d’cul. »

À chaque fois.

Ah ma petite comédienne.